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La vie sous pression des femmes trentenaires célibataires:  » Sey dou Choix, Sey Chance Leu « 

La vie sous pression des femmes trentenaires célibataires:  » Sey dou Choix, Sey Chance Leu « 

Le titre fétiche de Coumba Gawlo Seck ‘’ Sey dou Choix, Sey Chance Leu’’ (Le mariage n’est pas une question de choix, mais de chance) est mis à l’épreuve de nos réalités socioculturelles. Cette célèbre boutade ne résiste pas aux ‘’règles’’ d’une société où la femme est tenue de se marier à un certain âge. Sous nos cieux, de jeunes femmes célibataires occupant des postes de responsabilité et celles qui sont l’antichambre du monde du travail souffrent dans leur chair.  Dans ce reportage, elles partagent leur vie sous pression.
 Les femmes célibataires salariées souffrent en silence. Elles sont sous pression. Leur célibat incommode leur entourage, leurs voisins et leurs parents. Elles entendent les mêmes questions. « Qu’attends-tu pour te marier ? Pourquoi tu refuses les avances de tes prétendants ? Elles entendent d’autres refrains. « Tu prends de l’âge ». Ce questionnaire et comme les remarques fendent pourtant le cœur de ces dames libres.

Une dame âgée de 35 ans, responsable dans une banque de la place, avec à la prime une voiture et un bon salaire a tout pour être heureuse. Au plan matériel, elle n’a rien à envier à bien des personnes. Au plan social, elle souffre. Son statut de célibataire est une tache noire sur son ascension professionnelle. A chaque occasion, on lui rappelle, le mariage de ses deux petites sœurs. Ce rappel lui ronge le cœur.
« Je suis l’aînée de ma mère. J’ai deux petites sœurs qui se sont mariées. Elles ont toutes des enfants. C’est pour cela que ma famille ne cesse de me rappeler chaque jour mon statut de célibataire et je ne vous le cache pas, cela me fait mal au cœur. Il m’arrive même parfois de dire qu’est-ce que j’ai fait au bon Dieu pour mériter ça. C’est très dur de vivre cette pression. Que Dieu nous vienne en aide », confie- t-elle avec un sourire aux lèvres sous le couvert de l’anonymat.

 Une femme aisée cherche mari  
Ce cadre de la banque ne rêve que d’une chose : trouver un mari et se soustraire des critiques et des reproches. Elle veut tourner la page pour faire taire les personnes qui ont fait de son célibat leur sujet favori. « Mes amies mariées, ma famille ne ratent jamais l’occasion de me rappeler mon statut de célibataire. Elles me disent que je ne veux pas et en ce moment. Je peux vous jurer que mon plus grand souhait, c’est d’avoir un mari. Mais je n’arrive pas à en trouver. Être célibataire ne me plaît pas du tout car tout le monde en profite pour se moquer de moi, particulièrement ma maman qui me taquine souvent en me disant que je commence à prendre de l’âge. Même si je considère ça comme des plaisanteries, mais au fond de moi ça me gêne », laisse-t-elle entendre avant de rassurer ses futurs prétendants.
Aujourd’hui, elle attend le dépôt de candidatures. Elle donne des gages qu’elle ne placera pas la barre très haut. Elle reste sur terre pour ouvrir une nouvelle page dans sa vie. « J’invite les prétendants à venir déposer leurs candidatures. Je les comprends aussi car certains hommes éprouvent de la peur d’épouser des femmes instruites qui ont un boulot avec un bon salaire comme moi. Ils disent que ces femmes-là sont des « high level ». Mais ce n’est pas le cas. Nous sommes des femmes ordinaires comme toutes les femmes sénégalaises qui aspirent à gérer un foyer.  Ils n’ont qu’à venir tenter leur chance, s’ils ne sont pas des profiteurs bien sûr », lance-t-elle en riant.
Cette dame cadre dans une banque avait toutes les raisons de prendre une distance par rapport aux hommes. Ces derniers ont cherché à tirer profit de son statut social, de son argent. Elle a eu des relations amoureuses qui sont malheureusement fondées sur le matériel. 
« J’ai plusieurs fois été victime de trahison dans mes relations amoureuses. J’ai eu à confier mon cœur a des hommes profiteurs et matérialistes. Trois de mes prétendants se sont approchés de moi uniquement pour mon argent. Et par mal chance, naïve que je suis, j’ai cru à leurs sentiments et j’ai tout fait pour eux. C’est après, que j’ai découvert qu’ils ne sont intéressés que par le sexe et l’argent. Très découragée et surprise, j’ai fini par rompre les relations amoureuses parce que dans ma tête je me disais qu’ils sont tous pareils. Et depuis j’ai du mal à faire confiance à un homme », a confié la dame.  
Les hommes ont bouffé son argent. Mais ils n’ont pas eu ce que la femme a de plus cher. Sous cet angle, elle a refusé de transiger.  « De l’argent, ils l’ont obtenu de moi. Mais en ce qui concerne le sexe, j’ai été catégorique car j’ai des principes. Je ne vais pas me livrer à un homme avant le mariage. Je suis toucouleur et mes parents sont très ancrés dans leurs coutumes », dit-elle.

Terminer les études avant tout
Le cas de Khadija Diallo est moins inquiétant. L’étudiante en médecine âgée de 27 ans a reçu des avances. Mais elle ne peut pas trancher.
« Je suis célibataire. Je ne repousse pas. J’attends juste le bon homme en attendant que je termine mes études aussi », évoque-t-elle. Malgré tout, elle n’est pas à l’abri des reproches. « Je ne cesse de recevoir des remarques, des moqueries, des reproches venant de mon entourage et même de ma famille mais chaque chose a son temps. J’essaie juste de gérer cette pression et de vivre avec en attendant de trouver mon âme sœur. Je me suis habituée », confesse l’étudiante.

 Ne pas se marier à son cœur défendant
Elle ne comprend pas pourquoi des personnes se préoccupent autant du statut de célibat des dames. Pour elle, le mari n’est pas une marchandise. « Les gens me demandent souvent ce que j’attends pour me marier mais les choses ne sont pas aussi faciles qu’ils le croient. Un mari n’est pas de la marchandise qu’on vend au marché ou à la boutique. Ceux qui te font la pression ne sont pas conscients que cela pourrait choquer ou blesser certaines personnes. Ce sont ces situations qui poussent certaines femmes à faire un mauvais choix en se mariant avec un homme et qui ne leur correspond pas. C’est cette incompatibilité qui aboutit aux nombreux divorces », déplore-t-elle avant d’ajouter : « je ne vais jamais commettre cette erreur. Je prends mon temps et je laisse les choses entre les mains de Dieu », peste-t-elle.
Khadija Diallo, ne compte pas se caser pour le moment. Malgré son désir de fonder une famille et la pression sociale qui s’abat sur elle, l’étudiante compte d’abord décrocher un boulot. Le mariage suivra.
« J’avoue que c’est difficile de digérer la pression sociale. Mais je veux terminer mes études d’abord parce que je prépare ma thèse en médecine. Ensuite, je compte décrocher un job au moins avant de me marier. Le mariage n’est pas une priorité pour moi. Mon objectif pour l’instant, c’est d’essayer de terminer mes études, trouver un boulot et plus tard me caser. C’est bien de fonder une famille mais avoir la capacité de la prendre en charge, c’est aussi une chose fondamentale », lâche la jeune fille.

Une femme indépendante au foyer
Des prétendants courent derrière l’étudiante. Ils attendront encore longtemps. Elle veut avoir sa propre source de revenus au lieu de tout attendre d’un mari. Elle ne peut pas être sous l’aile protectrice d’un homme après des décennies d’études.
« Je veux avoir un boulot et être libre financièrement pour subvenir à mes besoins et ceux de mes enfants sinon même si tu rencontres un mari riche qui fait tout pour toi, il faut avoir l’intelligence de l’aider de ne pas laisser toutes les dépenses sur ses épaules. Parce qu’on se dit la vérité, les hommes d’aujourd’hui ne veulent pas épouser des femmes qui ne travaillent pas. Et, ils ont raison parce que ce n’est pas évident », corrobore-t-elle.

Awa Ndiaye (nom d’emprunt) , âgée de 35  se confie 
Malgré la pression, on trouve des femmes qui se remettent à Dieu. Awa Ndiaye croit que tout y compris le mariage est une question de destin.  « Il faut dire aussi que si vous faites allusion à l’âge, c’est une question qui revient toujours. Dans notre, ce n’est pas trop un sujet de débat. Mes sœurs se sont toutes mariées « tardivement », partage Awa Ndiaye. Celle qui est éduquée sous la rigueur militaire d’un père de famille n’a pas de fétichisme sur l’âge de mariage.

Se remettre d’une perte d’une vie chère
La perte d’un être cher bouscule les schémas et les calendriers. Il faut s’y confirmer. Ne pas forcer le destin est la meilleure aptitude en de pareilles circonstances. Cette dame a tout laissé entre les mains de Dieu. « Toute femme aspire au mariage. On pose les jalons pour y aboutir. Mais il n’y a que Dieu pour valider. J’étais dans une relation connue de toute ma famille. Elle était sur le point d’être sanctionnée par un mariage. C’était un projet à deux. Mais le destin a voulu que celui avec qui j’étais dans le projet ne soit plus de ce monde. Je rends grâce à Dieu et je continue de prier pour lui.  Alors rien ne bloque la vie continue », a confié la célibataire.

L’argument de la ménopause
La pression ne se limite pas au rappel du mariage des petites sœurs, on convoque la fin du cycle procréation lorsque la fille célibataire a un certain âge.  
« Certains iront même jusqu’à vous parler de la ménopause qui n’attend pas. Il faut donc un mental fort pour affronter tout le monde. Il arrive des jours où on s’interroge sur tout. On remet en cause les décisions qu’on a prises. Moi, ma pression, elle est aussi personnelle parfois mais je prie, j’écris pour oublier.  J’écris tout et rien. Je noie mes préoccupations dans la lecture par moment », relate-t-elle.
Penda veut bien se marier. Elle n’en fait pas une fin en soi. Elle croit en Dieu. Mais elle est convaincue qu’il y aura des femmes qui ne changeront pas de statut.
« Il y en a certaines qui seront mariées et d’autres non.  Actuellement, avec le taux de divorce qui augmente de jour en jour, je ne suis pas pressée de me marier », avoue-t-elle.
Penda ne veut rien forcer. Mais elle est obsédée par cette envie d’avoir une descendance.   
« Regardez comment je suis belle (rires). Je prends de l’âge. J’ai 36 ans, parfois tu veux un homme mais Dieu en décide autrement. Il m’arrive de penser à avoir un enfant. Et, je me dis qu’il y a des femmes qui se sont mariées pendant des années sans pour autant avoir d’enfant.  Ma seule inquiétude, c’est d’avoir un enfant. C’est mon ardent souhait », confie-t-elle 

Penda n’a aucune pression familiale  
« Je n’ai pas de pression familiale, mais mes proches me font tout le temps des reproches. Qu’attends-tu pour te marier ? Ce n’est pas du tout facile. Mais c’est Dieu qui est au-dessus de tout. Donc, ce n’est pas la peine de se précipiter », relate-t-elle.

 Ndeye Marème et son option célibat
Ndèye Marème souhaite prendre son temps pour faire un choix durable. Elle est témoin des unions de courte durée. Elle croit que ces unions ne reposent pas sur une base solide. « Il faut choisir un mari, le père de mes enfants. Beaucoup de mariages finissent par se briser pour des détails. L’homme parfait n’existe pas. Mais il faut faire un bon choix. Je prends mon temps pour construire quelque chose de solide même si je prends de l’âge », dit-elle.

Toute relation ne peut aboutir à un mariage
« Je suis en couple mais cela ne veut pas dire forcément aboutir à quelque chose. Je prends en compte beaucoup de paramètres. La plupart de mes relations qui se cassent, c’est par rapport aux comportements », rapporte-elle.
En somme, les moqueries, la pression et les multiples messages à peine codés de l’entourage pèsent lourdement sur les épaules des célibataires. Elles finissent souvent par se retrouver dans des situations inconfortables ou tout simplement à se marier à un homme, à leur cœur défendant. Résultats des courses : les unions qui ne durent que le temps d’une rose.  

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