» Il est parfaitement visible, que la rupture dont le peuple sénégalais est si passionnément attaché, n’est pas au goût des nouvelles autorités. » Par ( Penda Dieng )
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La famille au cœur de la Republique!
«Je vois que la séquence des boules puantes est ouverte et je ne ferai pas de commentaires car il n’y a rien à commenter ». C’est ainsi avec flegme et condescendance que l’ancien Premier ministre, alors candidat de la droite à l’élection présidentielle de 2017, avait répondu aux journalistes à propos des emplois fictifs dont son épouse aurait bénéficié en tant que collaboratrice parlementaire.
Promettant sur le plateau de France 2 qu’il se retirerait de la course s’il venait à être mis en examen par le parquet financier, il maintient pourtant contre toute raison la candidature, dont la presse qui n’avait d’ailleurs pas, à l’époque, apprécié son zèle, s’affairait déjà à annoncer l’imminence de son échec. Ce fut le cas.
Mais n’allons pas plus loin, l’expérience et notre histoire montre abondamment que la famille au cœur de la République a toujours perdu les gouvernements.
Lorsque le président Abdou Diouf nomma son discret frère aux postes ministériels de la «modernisation et des technologies » et de l’énergie et des industries entre 1993 et 1998, cela n’avait pas manqué de susciter des remous dans la classe politique.
Inutile de revenir sur le cas du président poète avec son neveu Adrien Senghor comme ministre à plusieurs reprises ou de Karim Wade qui était la cheville ouvrière du magistère de président Wade.
N’ayant entrepris aucune mesure de rupture en ce qui concerne la moralisation de la vie politique, l’ancien président Macky Sall ne s’était jamais gêné à confier des responsabilités gouvernementales à des membres de sa famille. C’est ainsi qu’il nomma durant toute sa présidence son beau frère comme ministre et son propre frère était aux responsabilités des plus stratégiques durant ses deux mandats.
Cette nomination venait de tirer un trait sur les promesses de rupture, sapant ainsi les fondements et les motivations qui avaient poussé les électeurs à l’élire au détriment du Pape du Sopi.
Au fil des nominations avec la toute nouvelle équipe gouvernementale, il est parfaitement visible, que la rupture dont le peuple sénégalais est si passionnément attaché, n’est pas au goût des nouvelles autorités. Elles caseront alliés, famille,«détenu politique » – le terme est galvaudé maintenant, partout y compris dans les institutions et directions auxquelles elles s’opposaient de manière si virulente. L’on se demande avec légitimité pourquoi diable agiter ce chiffon rouge qui a tant divisé le pays?
L’effervescence suscitée par la présidentielle y est pour beaucoup. Sauf qu’à un moment elle ne suffira plus. Le blanc seing dont elles ont eu droit est certes un atout précieux mais que qu’il ne vous pousse pas à vous départir de la lucidité.
Nos jeunes continuent toujours de s’engouffrer dans les esquifs de fortune y laissant espoirs et vies. Et c’est l’illustration coupable d’une politique migratoire inefficace. Et inutile de dire que les nouvelles autorités y sont pour rien. Gouverner c’est aussi assumer l’héritage et les erreurs du passé. C’est illusoire de croire que les sénégalais peuvent accepter aujourd’hui ce qu’ils n’ont pas pardonnés aux anciens régimes.
Le chômage reste notre mal et que vous en parliez ou pas, c’est à l’aune de ce critère que vous serez jugés. Nul besoin d’enquête savante pour voir que nos concitoyens commencent à perdre foi à la promesse de projet collectif. Et en l’absence de solutions tangibles, il n’y aura pas de salut!
Penda DIENG
Politiste


